Le chauffage tourne depuis une semaine, le thermostat affiche 19 °C, et pourtant on garde un pull dans le salon. Une main posée le long de la fenêtre le confirme : un filet d'air froid passe entre l'ouvrant et le cadre. Sous la porte d'entrée, c'est pire.
Calfeutrer ses fenêtres et ses portes est le chantier le moins cher de la rénovation énergétique : quelques dizaines d'euros de joints, de bas de porte et de mastic, une après-midi de travail, et la sensation de courant d'air disparaît. Pour calfeutrer efficacement, on traite les fuites parasites (joints de fenêtres usés, dessous de porte, coffres de volets roulants, trappe de combles, conduit de cheminée inutilisé) sans jamais boucher les entrées d'air, les grilles de ventilation ni les bouches d'extraction, qui assurent le renouvellement d'air et l'évacuation du monoxyde de carbone. Dans un logement chauffé à l'électricité, le gain se compte en dizaines d'euros par hiver, rarement plus de 200 €.
Beaucoup de pages promettent « 20 % d'économies pour moins de 10 euros ». Nous avons refait le calcul.
Repérer les fuites d'air en vingt minutes
Faites le tour de la maison avant d'acheter quoi que ce soit, un jour froid et venteux, fenêtres fermées. Laissez tourner la VMC : la légère dépression qu'elle crée rend les fuites plus faciles à sentir.
Trois tests suffisent :
- La main mouillée. Passez lentement le dos de la main, légèrement humide, le long des cadres de fenêtres, du bas des portes, des prises électriques des murs extérieurs et des plinthes. La sensation de froid est nette sur une vraie fuite.
- La bougie ou le bâton d'encens. La flamme ou la fumée se couche face à un filet d'air. Gardez une distance raisonnable avec les rideaux.
- La feuille de papier. Fermez la fenêtre sur une feuille, poignée verrouillée. Si elle glisse sans résistance, le joint de frappe ne fait plus contact à cet endroit. Répétez sur les quatre côtés : un ouvrant voilé serre en haut et bâille en bas.
Dans les logements que nous visitons, la liste tient souvent en une dizaine de lignes : deux ou trois fenêtres aux joints écrasés, la porte d'entrée, celle du garage, un coffre de volet roulant, la trappe des combles.
Pour une mesure chiffrée, le test d'infiltrométrie (ou test « blower door ») met le logement en dépression avec un ventilateur installé dans l'encadrement d'une porte et mesure le débit de fuite. Il se justifie surtout avant une rénovation lourde, pas pour décider de changer trois joints.
Crédit : Blower door 2, BoRohde — Licence CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons (test d'infiltrométrie : le ventilateur met le logement en dépression pour mesurer les fuites d'air)
Combien rapporte vraiment le calfeutrage ?
Dans une maison d'avant 1974 jamais isolée, l'ADEME attribue 20 à 25 % des pertes de chaleur à l'air renouvelé et aux fuites, autant qu'aux murs. Le chiffre est souvent repris pour vendre des joints, mais il mélange deux choses : la ventilation nécessaire, qu'on ne doit pas supprimer, et les infiltrations parasites, seules visées par le calfeutrage.
« Les entrées d'air parasite peuvent augmenter sensiblement la facture de chauffage. Elles sont surtout une source d'inconfort et peuvent remettre en cause l'utilité des travaux d'isolation, ainsi que le bon fonctionnement de la ventilation. » — ADEME, guide pratique « Isoler sa maison »
Pour chiffrer, nous avons pris une maison de 100 m² sous 2,50 m de plafond (250 m³) dans un climat de type Centre ou Île-de-France, soit environ 2 200 degrés-jours de chauffage. Un calfeutrage sérieux des menuiseries, des portes et des coffres de volets réduit les infiltrations parasites d'environ 0,1 à 0,2 volume par heure, soit 25 à 50 m³ d'air froid en moins chaque heure. Chauffer un mètre cube d'air d'un degré demande 0,34 Wh. Le besoin de chauffage évité tourne donc autour de 450 à 900 kWh par hiver.
| Chauffage principal | Énergie achetée en moins | Économie par hiver | Prix retenu |
|---|---|---|---|
| Radiateurs électriques | 450 à 900 kWh | 90 à 180 € | 0,2001 €/kWh, tarif réglementé Base au 1er août 2026 |
| Chaudière gaz (rendement 90 %) | 500 à 1 000 kWh | 73 à 145 € | 0,1456 €/kWh, prix repère CRE chauffage d'octobre 2026 |
| Pompe à chaleur air-eau (SCOP 2,9) | 155 à 310 kWh | 31 à 62 € | 0,2001 €/kWh |
Calcul de la rédaction, hors abonnement. Les deux bornes correspondent à un calfeutrage partiel et à un calfeutrage complet d'une maison qui fuit beaucoup.
Pour une maison qui consomme 12 000 kWh de chauffage par an, cela représente de l'ordre de 4 à 8 % de la facture, pas 20 %, un chiffre qui vient d'une marque de joints et non d'une mesure indépendante. Le calfeutrage reste un excellent placement : 40 à 80 € de fournitures sont remboursés dès le premier hiver avec un chauffage électrique ou au gaz. Et le confort retrouvé permet souvent de baisser le thermostat d'un degré, ce qui rapporte davantage que les joints eux-mêmes.
Ce qu'il ne faut jamais boucher
C'est la partie la plus importante de ce guide. Toutes les ouvertures d'une maison ne sont pas des fuites : certaines sont réglementaires et assurent la sécurité des occupants. Selon Santé publique France, près de 4 000 intoxications au monoxyde de carbone sont dénombrées chaque année en France, et les campagnes de prévention répètent la même consigne : ne jamais obstruer les entrées et sorties d'air.
À laisser libre, sans exception :
- Les entrées d'air des fenêtres, ces réglettes en haut des menuiseries. Elles font entrer l'air neuf dans les chambres et le séjour.
- Les grilles d'aération hautes et basses des pièces où fonctionne un appareil à combustion non étanche : chaudière ou chauffe-eau gaz à cheminée, poêle, cuisinière au gaz. Les boucher prive l'appareil d'air et peut faire refouler les fumées.
- Les bouches d'extraction de la cuisine, de la salle de bains et des WC, qu'elles soient reliées à une VMC ou à un conduit naturel.
- Le jeu sous les portes intérieures, de l'ordre d'un centimètre, deux pour la cuisine dans une maison équipée de VMC : il permet à l'air de circuler des pièces de vie vers les pièces humides. Un boudin sous la porte d'une chambre casse ce circuit.
- Les trous de drainage en bas des menuiseries PVC et aluminium, qui évacuent l'eau de pluie. Un joint posé dessus fait rentrer l'eau.
- Un conduit de fumée en service.
Les maisons anciennes sans ventilation mécanique sont un cas à part. L'arrêté du 24 mars 1982 a imposé une aération générale et permanente aux logements construits ensuite ; avant, le renouvellement d'air reposait en partie sur les défauts d'étanchéité. Tout calfeutrer sans entrées d'air, c'est échanger les courants d'air contre la condensation et les moisissures. Notre règle dans ces logements : calfeutrer les menuiseries, mais vérifier qu'au moins une entrée d'air par pièce de vie subsiste, aérer dix minutes par jour, et placer un hygromètre dans la chambre pour vérifier que l'humidité ne grimpe pas au-dessus de 60 %.
Fenêtres : choisir le joint selon le jeu
L'erreur la plus courante en magasin est de choisir un joint au hasard. Trop fin, il ne touche pas l'ouvrant et ne sert à rien. Trop épais, il empêche la fenêtre de fermer, la poignée force et la quincaillerie s'use. Le bon réflexe : mesurer le jeu entre l'ouvrant et le dormant, fenêtre fermée, avec une cale ou un morceau de pâte à modeler qu'on écrase puis qu'on mesure.
| Produit | Usage | Prix indicatif | Durée de vie |
|---|---|---|---|
| Joint mousse adhésif | Jeu irrégulier, solution provisoire | 5 à 10 € par fenêtre | 1 à 3 hivers |
| Joint caoutchouc EPDM profilé (formes P, E ou D) | Joint de frappe, jeu de 1 à 5 mm selon le profil | 10 à 20 € le rouleau | Environ 8 ans selon les fabricants |
| Joint tubulaire inséré en rainure | Fenêtres bois, pose par un menuisier | Sur devis | 10 ans et plus |
| Mastic acrylique ou silicone | Jonction fixe entre dormant et mur | 5 à 10 € la cartouche | Plusieurs années |
| Rideau épais ou volet fermé la nuit | Complément sur simple vitrage | Variable | — |
Fourchettes de prix constatées en grande surface de bricolage et chez les comparateurs d'énergie à l'automne 2026 ; les plages de jeu de chaque profil sont indiquées sur l'emballage, la lettre seule ne suffit pas.
Pour la pose : feuillure nettoyée à l'alcool ménager et sèche, ancien joint retiré, nouveau joint collé sur le dormant d'un seul tenant sans l'étirer. Jamais par-dessus un joint d'origine encore en place : les deux s'écrasent et la fenêtre ferme mal.
Sur une fenêtre PVC ou aluminium récente, le joint d'origine, clipsé dans une rainure, se remplace à l'identique. Si la fenêtre bâille malgré un joint neuf, c'est le réglage des paumelles ou de la crémone qu'il faut reprendre, souvent avec une simple clé six pans.
Crédit : Caulking, Achim Hering — Licence CC BY 3.0 / Wikimedia Commons (le mastic se réserve aux jonctions fixes, entre le dormant et la maçonnerie, jamais entre l'ouvrant et le cadre)
Portes, coffres de volets, trappes : les fuites oubliées
Une fois les fenêtres traitées, beaucoup s'arrêtent là. Le guide de l'ADEME liste pourtant trois « petits travaux complémentaires » qui comptent autant : isoler les coffres de volets roulants, traiter l'étanchéité des portes qui donnent sur un garage ou une cave, et condamner les cheminées non utilisées.
La porte d'entrée et les portes vers les pièces froides. Un bas de porte à brosse ou à lèvre, vissé ou adhésif, ferme le jour sous le battant pour 10 à 30 €. Le boudin textile, posé au sol, dépanne sur une porte qu'on ouvre peu. Sur les montants, le même joint profilé que pour les fenêtres. La porte entre la maison et un garage non chauffé est souvent la pire de la maison : traitez-la comme une porte extérieure.
Les coffres de volets roulants. Un coffre intérieur ancien est une boîte en contreplaqué mince ouverte sur l'extérieur par la fente du tablier. On l'isole par l'intérieur avec des plaques découpées au format, sans gêner l'enroulement (détail en FAQ).
La trappe d'accès aux combles. Une trappe posée sur un simple feuillard laisse passer l'air chaud vers des combles froids. Un joint sur le pourtour et un panneau d'isolant collé sur le dessus règlent le problème pour une vingtaine d'euros.
Les prises et interrupteurs. Sur un mur extérieur doublé de plaques de plâtre collées, l'air froid circule derrière le doublage et ressort par les boîtiers électriques. Des cache-prises à joint limitent ce passage, courant coupé au tableau.
La cheminée inutilisée. Un foyer ouvert qu'on n'allume plus est un trou dans la toiture. Un ballon obturateur gonflable ou une plaque amovible ferme le conduit, à condition d'être retiré avant tout feu. Une cheminée qu'on utilise encore ne se bouche pas : on pense plutôt à un insert ou à une trappe de fermeture en fonte.
La boîte aux lettres intégrée à la porte, enfin, mérite un clapet intérieur à brosse.
Crédit : Energiebox VROM, Mtcv — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (kit distribué en 2006 par le ministère néerlandais de l'environnement : le clapet intérieur de boîte aux lettres, qui dépasse du carton, coupe le courant d'air de la porte)
Quand le calfeutrage ne suffit plus
Un joint neuf ne répare pas une menuiserie morte. Ouvrant voilé, bois pourri en pied de cadre, simple vitrage glacé au toucher : le calfeutrage soulage, mais la vraie perte passe à travers le verre. Le remplacement des fenêtres devient alors le sujet, en sachant qu'une fenêtre neuve, bien plus étanche, doit comporter une entrée d'air dans les pièces de vie.
Le point que nous voyons rarement mentionné : le calfeutrage est un bon test avant des travaux plus lourds. Si, une fois les fuites traitées, la maison reste froide, l'enjeu est l'isolation des parois ; si elle devient humide, c'est la ventilation qu'il faut revoir avant d'aller plus loin. Dans les deux cas, vous saurez où mettre le budget suivant.
Avant une isolation des murs par l'extérieur ou l'installation d'une VMC double flux, un test d'infiltrométrie prend alors tout son sens : une double flux posée dans une maison qui fuit perd l'essentiel de son intérêt, puisque l'air froid entre ailleurs que par l'échangeur.
Questions fréquentes
Comment calfeutrer une fenêtre qui laisse passer l'air ?
Repérez d'abord où l'air passe, avec la main humide ou une bougie, puis mesurez le jeu entre l'ouvrant et le cadre fenêtre fermée. Nettoyez la feuillure, retirez l'ancien joint s'il est décollé et posez un joint de frappe adapté au jeu mesuré : mousse pour dépanner, caoutchouc EPDM profilé pour tenir plusieurs années. Collez-le sur le dormant, d'un seul tenant, sans l'étirer. Si la fenêtre bâille encore, réglez les paumelles. Ne touchez pas à l'entrée d'air située en haut de la menuiserie ni aux trous d'évacuation d'eau en bas.
Combien fait-on d'économies en calfeutrant ses fenêtres et portes ?
D'après notre calcul pour une maison de 100 m² dans un climat de type Centre, un calfeutrage sérieux évite environ 450 à 900 kWh de besoin de chauffage par hiver. Cela représente 90 à 180 € avec des radiateurs électriques, 73 à 145 € avec une chaudière gaz et 31 à 62 € avec une pompe à chaleur air-eau. Soit de l'ordre de 4 à 8 % de la facture de chauffage, loin des 20 % parfois annoncés. Le gain de confort, en revanche, est immédiat et permet souvent de baisser le thermostat d'un degré.
Peut-on boucher les grilles d'aération en hiver ?
Non. Les grilles d'aération, les entrées d'air des fenêtres et les bouches d'extraction assurent le renouvellement d'air réglementaire du logement. Dans une pièce où fonctionne une chaudière gaz à cheminée, un chauffe-eau, un poêle ou une cuisinière au gaz, elles apportent aussi l'air nécessaire à la combustion : les boucher expose au monoxyde de carbone, responsable de près de 4 000 intoxications par an en France selon Santé publique France. Si une grille crée un courant d'air gênant, faites vérifier son dimensionnement par un professionnel plutôt que de la condamner.
Quel joint choisir pour une fenêtre en bois ancienne ?
Sur une fenêtre bois sans joint d'origine, deux solutions coexistent. La plus simple est un joint adhésif profilé en caoutchouc EPDM, choisi selon le jeu mesuré, collé dans la feuillure du dormant. La plus durable est le joint tubulaire inséré dans une rainure fraisée par un menuisier dans le cadre : invisible, il dure bien plus longtemps et ne se décolle pas. Si les jeux varient beaucoup d'un côté à l'autre, la fenêtre est sans doute voilée ; un menuisier peut la redresser ou ajuster l'ouvrant avant la pose du joint.
Le boudin de porte est-il efficace ?
Oui sur une porte extérieure ou une porte donnant sur un garage ou une cave non chauffés, à condition qu'il soit assez lourd pour rester plaqué au sol. Il dépanne bien sur une porte peu utilisée ; pour la porte d'entrée, un bas de porte à brosse ou à lèvre fixé au battant est plus pratique et plus étanche. En revanche, ne posez jamais de boudin sous la porte d'une chambre ou de la cuisine dans un logement équipé d'une VMC : le jeu sous les portes intérieures sert au passage de l'air vers les bouches d'extraction.
Comment isoler un coffre de volet roulant qui laisse passer le froid ?
Ouvrez le coffre par l'intérieur, dépoussiérez-le et collez sur les parois des plaques d'isolant mince ou de mousse découpées au format, en laissant au tablier tout l'espace pour s'enrouler. Posez ensuite un joint adhésif sur le pourtour du capot avant de le refermer. Évitez la mousse expansive, qui gonfle, bloque le volet et se retire très difficilement. Si le coffre est très ancien et percé, son remplacement peut s'envisager au moment du changement des fenêtres, avec un coffre isolé intégré à la menuiserie.
Calfeutrer peut-il provoquer de l'humidité ou des moisissures ?
Oui, si le calfeutrage supprime aussi la ventilation. Une personne émet 40 à 70 grammes d'eau par heure selon l'ADEME, une douche chaude bien davantage : cette vapeur doit sortir. Dans une maison sans VMC, les défauts d'étanchéité assuraient une partie du renouvellement d'air. Après calfeutrage, gardez au moins une entrée d'air par pièce de vie, laissez les bouches d'extraction libres, aérez dix minutes par jour et surveillez l'humidité avec un hygromètre. Si de la buée apparaît chaque matin sur les vitres, la ventilation est insuffisante.
Existe-t-il une aide pour calfeutrer son logement ?
Non, aucune aide nationale ne finance le calfeutrage seul : MaPrimeRénov' et les certificats d'économies d'énergie visent des travaux d'isolation ou de chauffage réalisés par des professionnels, pas des joints posés soi-même. Le montant en jeu, quelques dizaines d'euros, se rembourse de toute façon en un hiver avec un chauffage électrique ou au gaz, ce qui rend une aide peu utile. Certaines collectivités, CCAS ou fournisseurs d'énergie distribuent ponctuellement des kits d'économie d'énergie aux ménages modestes ; renseignez-vous auprès de votre mairie ou de l'Espace conseil France Rénov' le plus proche.






