« Avec des panneaux, ma pompe à chaleur ne me coûtera presque rien. » Nous entendons cette phrase dans la plupart des démarchages, et elle repose sur une intuition qui ne tient pas : le soleil produit le plus en été, la pompe à chaleur consomme le plus en hiver. Couplées à une maison parisienne, 3 kWc de panneaux couvrent environ 15 à 22 % de l'électricité de chauffage d'une pompe à chaleur, selon que la maison est vide ou occupée en journée, et jusqu'à 34 % de sa consommation totale si l'eau chaude est produite à midi. Ces chiffres viennent de notre simulation heure par heure, détaillée plus bas, pas d'un argument commercial.
Le couplage a donc un intérêt, mais il se trouve ailleurs que dans le chauffage. Ce guide chiffre ce que les panneaux apportent réellement à une pompe à chaleur en 2026, ce qui change la donne (le pilotage de l'eau chaude, bien plus que le nombre de panneaux), et dans quel ordre engager les deux projets.
Pourquoi le soleil et le chauffage ne se croisent pas
Le décalage saisonnier se mesure. Nous avons interrogé PVGIS, l'outil de la Commission européenne (Centre commun de recherche) qui estime la production photovoltaïque pour un lieu donné. Pour un kWc plein sud incliné à 35 degrés, la production annuelle typique est d'environ 1 150 kWh à Paris et 1 620 kWh à Marseille. Mais de novembre à mars, période où la pompe à chaleur travaille, les panneaux ne produisent que 27 % de leur énergie annuelle à Paris et 33 % à Marseille.
Côté consommation, c'est l'inverse. En estimant le besoin de chauffage à partir des températures moyennes mensuelles de PVGIS (2015 à 2020) et d'une température de base de 17 °C, la même période de novembre à mars concentre environ 81 % de l'énergie de chauffage à Paris et 92 % à Marseille. Le graphique ci-dessous montre le résultat pour 3 kWc à Paris et une pompe à chaleur qui consomme 3 000 kWh par an pour chauffer.
Graphique : la rédaction de renovclair.fr, d'après les données PVGIS (Commission européenne, Centre commun de recherche). Les barres vertes sont une estimation, pas une mesure.
En janvier, les panneaux produisent 132 kWh alors que la pompe à chaleur en réclame environ 580 : un quart seulement. En juillet, la production atteint 405 kWh pour un besoin de chauffage nul. Même en comptant mois par mois, sans se préoccuper de l'heure du jour, 3 kWc ne peuvent pas couvrir plus de la moitié du chauffage annuel (74 % avec 6 kWc, un plafond théorique). L'heure du jour aggrave encore le résultat, comme le montre la section suivante.
Notre simulation heure par heure
Un calcul mensuel est trop optimiste, car la pompe à chaleur ne tourne pas forcément quand le soleil brille. Nous avons donc téléchargé la série horaire PVGIS de 2020 pour Paris et Marseille (1 kWc, pertes de 14 %, plein sud, 35 degrés), et nous avons construit une consommation horaire de pompe à chaleur. Les hypothèses, posées à plat :
- Chauffage : 3 000 kWh d'électricité par an à Paris, 2 000 kWh à Marseille, répartis proportionnellement aux degrés sous 17 °C heure par heure. Pour comparaison, notre guide sur la consommation d'une pompe à chaleur donne 2 000 à 7 000 kWh selon la maison.
- Deux profils : maison occupée toute la journée, ou vide de 9 h à 17 h, avec un chauffage réduit de moitié sur cette plage.
- Eau chaude : 1 000 kWh d'électricité par an, soit la fourchette de 1 000 à 1 250 kWh que nous donnons pour une famille de quatre personnes. Elle est produite soit à l'aube (5 h et 6 h), soit à midi (12 h à 14 h).
- Sans batterie : on compte uniquement ce que la pompe à chaleur consomme au moment où les panneaux produisent. Le reste de la maison (éclairage, cuisine, électroménager) n'est pas compté ici.
| Paris, panneaux de | Maison | Eau chaude | Chauffage couvert | Consommation totale PAC couverte |
|---|---|---|---|---|
| 3 kWc | Vide en journée | À l'aube | 462 kWh (15 %) | 12 % |
| 3 kWc | Vide en journée | À midi | 462 kWh (15 %) | 30 % (1 198 kWh) |
| 3 kWc | Occupée | À l'aube | 661 kWh (22 %) | 17 % |
| 3 kWc | Occupée | À midi | 661 kWh (22 %) | 34 % (1 358 kWh) |
| 6 kWc | Vide en journée | À midi | 540 kWh (18 %) | 35 % (1 393 kWh) |
| 6 kWc | Occupée | À midi | 787 kWh (26 %) | 40 % (1 610 kWh) |
Trois enseignements ressortent. D'abord, le chauffage est couvert à 15 à 26 % seulement, quelle que soit la taille de l'installation. Ensuite, doubler la puissance des panneaux de 3 à 6 kWc n'ajoute que 78 à 126 kWh de chauffage couvert, soit 16 à 25 € par an au tarif de 0,2001 € le kWh : le surplus de production tombe en été, quand la pompe à chaleur ne chauffe pas. Enfin, déplacer l'eau chaude de l'aube vers midi fait gagner à lui seul environ 700 kWh d'autoconsommation, plus que tout le chauffage.
À Marseille, avec 2 000 kWh de chauffage, les panneaux de 3 kWc couvrent 17 à 26 % du chauffage et jusqu'à 46 % de la consommation totale de la pompe à chaleur avec l'eau chaude à midi.
Précisons les limites : une seule année météo (2020), un profil de consommation modélisé et non mesuré, des horaires lissés. Votre maison réelle s'écartera de ces chiffres. Le sens des écarts, lui, ne changera pas.
L'eau chaude à midi, le vrai levier
Crédit : Hot water storage, Julie Anne Workman — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (ballon électrique à résistances, installation britannique : un stockage de chaleur que l'on peut piloter pour qu'il chauffe aux heures de soleil)
L'eau chaude sanitaire est la seule consommation de la pompe à chaleur qui existe aussi l'été. Elle se stocke : un ballon de 200 litres conserve environ 10 kWh de chaleur, d'après Selectra, ce qui en fait une batterie thermique déjà présente dans la maison. La chauffer entre 12 h et 14 h, quand les panneaux produisent leur maximum, ne coûte rien en confort.
Trois façons d'y arriver, de la plus simple à la plus sophistiquée.
La programmation horaire. Beaucoup de pompes à chaleur et de ballons permettent de choisir la plage de production de l'eau chaude. Déplacer la plage de la nuit vers le milieu de la journée coûte zéro euro. Attention à deux pièges : le cycle anti-légionelle, que la machine déclenche à son rythme, et les contrats heures creuses, où un kWh de nuit est moins cher qu'un kWh de journée (Selectra indique 0,1589 € en heures creuses contre 0,2142 € en heures pleines pour l'option HP/HC au 1er août 2026). L'économie réelle du déplacement est donc plus faible pour un foyer en heures creuses.
L'entrée de pilotage de la pompe à chaleur. Certaines machines disposent d'un signal dit « SG Ready », un label d'origine allemande introduit en 2012, qui permet à un boîtier extérieur de commander la pompe à chaleur via deux contacts secs. En mode « recommandé », elle chauffe davantage quand les panneaux produisent un surplus. La numérotation des modes varie selon les fabricants : lisez la notice avant de câbler quoi que ce soit.
Le gestionnaire d'énergie. Un boîtier de gestion qui mesure le surplus et déclenche le ballon coûte 300 à 800 € selon notre guide sur la batterie solaire. Sur une installation jusqu'à 9 kWc, il conditionne aussi l'accès à la TVA à 5,5 % d'après notre guide sur les prix des panneaux, ce qui change son calcul : il n'est plus un coût en plus, c'est un prérequis.
Avec un chauffe-eau thermodynamique séparé, le raisonnement est le même. Notre guide sur le chauffe-eau thermodynamique détaille les aides et les prix.
Combien ça rapporte, et à quel prix
Valorisons les kWh autoconsommés à 0,2001 €, le tarif réglementé en option Base du 1er août 2026 pour 3 et 6 kVA, selon la délibération CRE n° 2026-147 rapportée par Selectra. Pour 3 kWc à Paris avec eau chaude à midi, la pompe à chaleur autoconsomme entre 1 198 et 1 358 kWh par an : 240 à 272 € d'électricité évitée par an. Avec l'eau chaude à l'aube, ce montant tombe à 92 à 132 €.
Pour situer le chiffre : le prix d'une installation de 3 kWc est d'environ 8 000 € TTC posée, et de 12 500 € pour 6 kWc, d'après notre guide des prix. La pompe à chaleur, à elle seule, ne justifie donc pas l'achat des panneaux. Ils se justifient par l'ensemble de la consommation de la maison, pompe à chaleur incluse.
Le contexte réglementaire n'aide pas. La prime à l'autoconsommation a disparu pour toute demande de raccordement déposée à partir du 5 juin 2026, et le surplus injecté est racheté 1,1 centime le kWh, soit environ 18 fois moins que ce que vaut un kWh consommé sur place. Voir notre guide sur la fin de la prime et celui sur la revente du surplus. Plus la pompe à chaleur consomme à midi, moins on dépend de ce tarif de revente.
« Un kWh consommé sur place vaut environ 18 fois un kWh revendu. » — Calcul de la rédaction : 0,2001 € contre 0,011 € le kWh, depuis le 5 juin 2026
Côté pompe à chaleur, les aides existent indépendamment des panneaux. MaPrimeRénov' finance toujours l'installation par geste, comme le confirme France Rénov', et le bonus CEE s'ajoute : le détail est dans notre guide sur le bonus CEE pompe à chaleur. Le fait d'avoir ou non des panneaux ne change pas ces aides.
Pompe à chaleur d'abord, panneaux ensuite : notre avis
Notre conseil tient en trois règles, tirées de ce que nous voyons dans les dossiers.
1. Ne dimensionnez pas les panneaux sur la pompe à chaleur. Dimensionnez-les sur la consommation de jour de toute la maison. Notre simulation montre qu'au-delà de 3 kWc, chaque panneau supplémentaire produit surtout en été, quand la pompe à chaleur est à l'arrêt. Un devis qui justifie 9 kWc par « votre future pompe à chaleur » mérite d'être contesté. Demandez au devis le taux d'autoconsommation et son hypothèse de profil.
2. Isolez et installez la pompe à chaleur en premier. Une maison mieux isolée réclame moins de chauffage, donc une pompe à chaleur plus petite et moins de kWh d'hiver à couvrir. Le couplage ne rattrape pas une mauvaise isolation. Voir l'ordre des travaux selon le budget.
3. Méfiez-vous du « chauffage gratuit ». La promesse de panneaux qui chauffent la maison sans facture est l'argument classique du démarchage abusif. Notre guide sur les arnaques à la rénovation énergétique liste les signaux d'alerte et les recours.
Il existe deux cas où le couplage est franchement favorable : une maison occupée en journée (télétravail, retraités), qui gagne 7 points de couverture du chauffage dans notre simulation, et un foyer qui possède déjà un gros ballon d'eau chaude et un gestionnaire d'énergie. Dans les autres cas, il vaut mieux installer la pompe à chaleur, observer la consommation réelle sur un hiver, puis décider des panneaux avec les relevés du compteur.
Photo d'en-tête : stand « Photovoltaik et Wärmepumpe », Infotour de l'EnergieAgentur.NRW — Licence CC BY 2.0 / Wikimedia Commons (stand d'information dans un centre commercial allemand, avec une unité extérieure de pompe à chaleur à droite).
Questions fréquentes
Les panneaux solaires peuvent-ils alimenter une pompe à chaleur ?
Oui, techniquement, mais en partie seulement. Les panneaux alimentent la pompe à chaleur aux heures où ils produisent, le réseau fournit le reste. Dans notre simulation parisienne, 3 kWc couvrent 15 à 22 % de l'électricité de chauffage et jusqu'à 34 % de la consommation totale de la pompe à chaleur si l'eau chaude est produite à midi. La raison est saisonnière : en hiver, quand la pompe à chaleur consomme le plus, les panneaux produisent le moins. Aucune installation raisonnable ne couvre la totalité des besoins.
Combien de panneaux solaires faut-il pour une pompe à chaleur ?
Il n'existe pas de nombre lié à la pompe à chaleur. Notre simulation montre que passer de 3 à 6 kWc ajoute seulement 78 à 126 kWh de chauffage couvert par an, soit 16 à 25 €. Nous dimensionnons les panneaux sur la consommation de jour de toute la maison, pas sur la pompe à chaleur. Une installation de 3 kWc, soit 15 à 18 m² de toiture, est souvent le bon point de départ. Au-delà, vérifiez le taux d'autoconsommation annoncé et l'hypothèse de profil du devis.
Une pompe à chaleur avec panneaux solaires est-elle rentable ?
La pompe à chaleur seule ne rentabilise pas les panneaux. Pour 3 kWc à Paris avec eau chaude à midi, la pompe à chaleur autoconsomme 1 198 à 1 358 kWh par an, soit 240 à 272 € d'électricité évitée au tarif de 0,2001 € le kWh, contre une installation d'environ 8 000 €. La rentabilité dépend de toute la consommation de la maison, du pilotage et de l'absence de revente massive au tarif de 1,1 centime.
Faut-il une batterie avec une pompe à chaleur et des panneaux ?
Pas en priorité. Le ballon d'eau chaude joue déjà le rôle de stockage : environ 10 kWh pour 200 litres selon Selectra. Une batterie coûte 600 à 1 000 € par kWh installé d'après notre guide, et elle sert surtout au soir et à la nuit, quand la pompe à chaleur chauffe en hiver, période où les panneaux ne produisent presque rien à stocker. Pilotez d'abord l'eau chaude à midi, mesurez votre taux d'autoconsommation sur un an, puis évaluez la batterie avec vos relevés réels.
À quelle heure faire chauffer l'eau chaude avec des panneaux solaires ?
Entre 12 h et 14 h, quand la production est maximale. Dans notre simulation, déplacer l'eau chaude de l'aube vers midi fait passer l'autoconsommation de la pompe à chaleur de 462 à 1 198 kWh par an pour 3 kWc à Paris. Deux précautions : respecter le cycle anti-légionelle de l'appareil et vérifier votre contrat. En heures creuses, le kWh de nuit coûte moins cher (0,1589 € contre 0,2142 € en heures pleines selon Selectra), ce qui réduit l'économie du décalage.
Qu'est-ce que le label SG Ready sur une pompe à chaleur ?
C'est un label d'origine allemande, introduit en 2012 par l'association des fabricants de pompes à chaleur, indiquant qu'une machine réagit à des signaux extérieurs. Un boîtier lui envoie deux contacts qui définissent quatre modes : normal, bloqué, recommandé et ordonné. Le mode recommandé sert à absorber un surplus solaire. La numérotation des modes varie selon les fabricants, et nous n'avons pas trouvé de définition officielle française : lisez la notice de votre modèle et demandez à l'installateur s'il propose cette entrée de pilotage.
Peut-on avoir une pompe à chaleur sans panneaux et les ajouter plus tard ?
Oui, et c'est souvent préférable. Installez d'abord la pompe à chaleur, relevez votre consommation pendant un hiver complet via le compteur communicant, puis dimensionnez les panneaux avec ces données. Prévoyez simplement dès le départ une machine avec entrée de pilotage et un ballon dont la plage horaire est programmable.
Les panneaux solaires changent-ils les aides pour la pompe à chaleur ?
Non. MaPrimeRénov' par geste pour la pompe à chaleur et le bonus CEE dépendent du logement, de la machine et de votre profil, pas de la présence de panneaux. L'inverse n'est pas vrai non plus : la prime à l'autoconsommation a disparu en juin 2026, quel que soit votre chauffage. Les deux projets sont donc financés séparément. La TVA à 5,5 % des panneaux jusqu'à 9 kWc est conditionnée à un système de gestion de l'énergie, qui sert aussi à piloter votre eau chaude.






