Vous avez visité une maison des années 1930 ou 1970, elle vous plaît, le prix est nettement sous celui des biens voisins, et l'annonce affiche un F ou un G. La question est simple : acheter un logement classé F ou G en 2026 est-il une bonne affaire, ou un chantier qui mange la remise ? La réponse tient en une comparaison : la décote consentie par le vendeur contre le reste à charge réel des travaux, une fois déduites les aides auxquelles vous aurez droit en tant que futur propriétaire occupant. Selon vos revenus, le même bien peut être très avantageux ou franchement mauvais, et personne ne vous le dit à la visite.
Ce guide sert à faire ce calcul avant de signer le compromis : lire l'audit énergétique que le vendeur doit vous remettre, estimer ce que MaPrimeRénov' peut financer, et négocier sur des chiffres plutôt que sur une impression.
- 01 La décote compense-t-elle vraiment les travaux ?
- 02 Que lire dans l'audit énergétique avant de signer ?
- 03 Quelles aides pour un nouvel acquéreur ?
- 04 Comment négocier le prix d'un bien F ou G ?
- 05 Les pièges à écarter avant la signature
- 06 L'ordre que nous suivrions à votre place
- 07 Questions fréquentes
La décote compense-t-elle vraiment les travaux ?
Les études de notaires relayées par la presse immobilière situent la décote d'un logement F ou G autour de 15 % par rapport à un bien comparable classé D, avec des écarts qui dépassent 20 % dans certains départements et qui s'effacent presque dans les marchés très tendus. Nous traitons ce chiffre comme un ordre de grandeur : il varie selon le type de bien, la ville et même la rue. Pour une analyse du côté vendeur, voir notre guide sur la vente d'un logement F ou G.
Ce qui compte pour vous, c'est ce que la décote couvre. Prenons un exemple volontairement simple, avec des hypothèses posées à plat : une maison dont le prix de référence en D serait de 180 000 euros, vendue 15 % moins cher, soit une remise de 27 000 euros. L'audit prévoit un projet de rénovation d'ampleur à 40 000 euros hors taxes, avec un gain de trois classes. Selon la catégorie de revenus de l'acheteur, l'aide de l'État change tout, d'après les taux détaillés dans notre guide de la rénovation d'ampleur.
| Catégorie de revenus | Aide MaPrimeRénov' sur 40 000 € HT | Reste à charge HT | Décote moins reste à charge |
|---|---|---|---|
| Très modeste (80 %) | 32 000 € | 8 000 € | +19 000 € |
| Modeste (60 %) | 24 000 € | 16 000 € | +11 000 € |
| Intermédiaire (45 %) | 18 000 € | 22 000 € | +5 000 € |
| Supérieur (10 %) | 4 000 € | 36 000 € | -9 000 € |
Calcul de la rédaction, avant TVA, avant primes CEE, avant coût de l'accompagnateur et hors travaux non éligibles (peinture, cuisine, électricité). Les taux sont ceux de notre article sur la rénovation d'ampleur ; l'exemple du bien à 180 000 euros est une hypothèse, pas une statistique.
Le tableau montre une chose que les annonces ne disent jamais : la même remise de 27 000 euros est une excellente affaire pour un ménage très modeste et une mauvaise pour un ménage à revenus supérieurs. Pour ce dernier, l'aide de l'État couvre à peine 10 % du chantier, et il faut que le vendeur descende plus bas, ou que le logement ait d'autres atouts (terrain, emplacement), pour que l'opération soit équilibrée. Avant de visiter, regardez donc dans quelle catégorie de revenus vous tombez.
Que lire dans l'audit énergétique avant de signer ?
Pour une maison individuelle, ou un immeuble dont le vendeur est l'unique propriétaire, classé E, F ou G, le vendeur doit vous fournir un audit énergétique. D'après service-public.gouv.fr (page vérifiée le 14 septembre 2026), l'obligation concerne les promesses ou actes de vente signés depuis le 1er avril 2023, et elle sera étendue aux logements classés D à partir du 1er janvier 2034. L'audit se distingue du DPE : il ne se contente pas de classer le logement, il propose des scénarios de travaux chiffrés.
C'est la pièce la plus utile de votre dossier d'achat, à condition de savoir où regarder.
« L'audit doit contenir 2 propositions de travaux minimum pour parvenir à une rénovation performante. » — Service-public.gouv.fr, audit énergétique en cas de vente d'un bien « passoire thermique »
Le premier scénario est fait pour MaPrimeRénov'. Service-public précise que la première proposition prévoit un parcours par étapes, dont la première doit permettre un gain d'au moins deux classes énergétiques et traiter deux postes d'isolation, avec une étape finale au moins égale à la classe B. Ce sont précisément les seuils d'entrée de la rénovation d'ampleur (gain de deux classes, deux gestes d'isolation). Autrement dit, le scénario 1 de l'audit est en général compatible avec l'aide, ce qui vous évite de reconstruire un projet.
Le second scénario est une rénovation en une seule étape. Il coûte plus cher d'un coup, mais il évite de rouvrir le chantier. Comparez les deux montants : l'écart est souvent la vraie mesure de ce que vous coûte la patience.
Cherchez la mention de « coût disproportionné ». Selon la même page, un coût est jugé disproportionné lorsque les travaux dépassent 50 % de la valeur du bien. Dans ce cas, l'audit propose un parcours aménagé, qui vise seulement la classe C, D ou E selon que le logement est classé E, F ou G. Si votre audit tombe dans cette catégorie, le bien ne sera jamais très performant à un prix raisonnable. C'est un argument de négociation, pas un détail technique.
Vérifiez les hypothèses de ventilation. L'audit doit indiquer les conditions d'aération avant et après travaux, et, lorsque le renouvellement d'air est insuffisant, proposer les travaux correspondants dès la première étape. Une isolation sans ventilation correcte déplace le problème vers la condensation : voir notre guide sur la condensation après travaux.
Les montants de l'audit sont des estimations, pas des devis : demandez-en au moins deux, auprès d'entreprises différentes, avant de vous engager sur une enveloppe.
Quelles aides pour un nouvel acquéreur ?
Depuis le 1er septembre 2026, l'isolation des murs ou le changement des fenêtres ne se financent plus par geste : la porte d'entrée est la rénovation d'ampleur, que nous détaillons dans notre guide dédié. Pour un acheteur, la page France Rénov' fixe les conditions suivantes pour un propriétaire occupant :
- un logement construit depuis au moins 15 ans en métropole, classé E, F ou G ;
- un gain d'au moins deux classes énergétiques, réalisable en deux étapes si la durée des travaux ne dépasse pas cinq ans ;
- au moins deux gestes d'isolation (murs, fenêtres, sols ou toiture) ;
- des travaux réalisés par une entreprise RGE ;
- un accompagnement obligatoire par Mon Accompagnateur Rénov', et un rendez-vous préalable avec un conseiller France Rénov' ;
- en maison individuelle, des systèmes de chauffage et d'eau chaude décarbonés : plus d'aide si le projet maintient ou renouvelle une chaudière au gaz, le fioul restant exclu ;
- l'obligation de vivre dans le logement pendant trois ans après réception de l'aide, avec un engagement d'occupation à fournir dans l'année suivant le solde de la dernière facture.
Deux conséquences concrètes pour l'acheteur.
D'abord, un DPE qui change peut vous faire sortir du dispositif. La rénovation d'ampleur ne vise que les logements E, F ou G. Si votre futur logement est chauffé à l'électricité et que son DPE date d'avant le 1er janvier 2026, il a été calculé avec l'ancien coefficient de 2,3 : le recalcul avec 1,9 peut le faire passer en classe supérieure. Cela améliore son étiquette, donc réduit probablement la décote, mais s'il devient D il n'ouvre plus droit à l'aide d'ampleur. Nous détaillons le mécanisme dans notre article sur le nouveau coefficient du DPE. Faites donc vérifier la date et la version du diagnostic avant de raisonner sur l'aide.
Ensuite, le calendrier : nous n'avons pas trouvé de texte officiel qui précise à quel moment d'un achat un dossier peut être déposé. L'aide est versée à un propriétaire, avec un engagement d'occupation après les travaux : par prudence, ne signez aucun devis de travaux avant l'acte de vente, et demandez par écrit à votre conseiller France Rénov' dans quel ordre déposer le dossier si vous voulez lancer le chantier dès la remise des clés. Un accompagnateur Rénov' peut aussi vous renseigner : voir notre guide sur Mon Accompagnateur Rénov'.
Reste le financement du reste à charge. L'aide est versée en fin de parcours, alors que l'entreprise réclame des acomptes. Le prêt avance rénovation et l'éco-PTZ servent précisément à combler ce décalage ; pensez à les intégrer dans le plan de financement présenté à la banque, au même titre que le prêt immobilier.
Crédit : Maison en meulière avenue de Bellevue, Le Chesnay, Lionel Allorge — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (maison de caractère en pierre : les murs épais et le bâti ancien appellent un audit précis plutôt qu'un devis standard)
Comment négocier le prix d'un bien F ou G ?
La négociation devient défendable quand elle s'appuie sur des documents que le vendeur lui-même est obligé de fournir. Notre méthode, dans l'ordre :
1. Reprenez le scénario 1 de l'audit et faites-le chiffrer. Deux devis comparables, de deux entreprises RGE, valent mieux que l'estimation de l'audit. Si l'écart avec l'audit dépasse nettement 20 %, signalez-le : c'est un motif de baisse documenté.
2. Calculez votre reste à charge selon votre catégorie de revenus. Reprenez la logique du tableau plus haut avec vos chiffres. C'est votre prix plafond réel : au-delà, vous payez la différence avec votre propre argent.
3. Ajoutez ce que l'audit ne chiffre pas. Un logement F ou G cumule souvent des dépenses hors aide : ravalement, toiture, électricité, humidité. Un mur qui présente des traces vertes ou des auréoles doit être diagnostiqué avant tout calcul. Voir notre guide sur l'isolation d'un mur humide.
Crédit : La Roche-Bernard, maison ancienne, JLPC — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (enduit et encadrements en pierre avec traces d'humidité sous les appuis : le type de signe à faire examiner avant d'isoler)
4. Présentez l'offre comme un calcul, pas comme un rapport de force. « Voici le scénario de l'audit, voici les deux devis, voici le reste à charge après aides : mon offre est de X » est difficile à contester pour un vendeur qui a payé l'audit. Gardez la remise dans sa fourchette réaliste : une offre à 40 % sous l'annonce sur un bien F ne sera pas prise au sérieux.
Les pièges à écarter avant la signature
Se fier au seul DPE. Le DPE indique une classe, pas une feuille de route. Un F en limite basse (très proche du E) et un G élevé ne représentent pas du tout le même chantier. Demandez le détail du diagnostic et, s'il vous paraît incohérent avec l'état du logement, regardez les recours possibles dans notre article sur le DPE erroné.
Tabler sur un bonus ou un taux que vous n'avez pas vérifié. Les règles de l'aide ont déjà évolué plusieurs fois en un an, et les pages de comparateurs ne sont pas toutes à jour. Un chiffre sans date, ou une aide qui ignore la réforme du 1er septembre 2026, est à écarter. Un démarcheur qui promet « 80 % de prise en charge » avant même d'avoir lu votre audit est un signal d'alerte : voir notre guide sur les arnaques à la rénovation énergétique.
Oublier la chaudière. Si le logement est chauffé au gaz et que vous comptez le garder pour un projet d'ampleur, l'aide ne suivra pas : elle exclut le maintien ou le renouvellement d'une chaudière au gaz, et le fioul reste exclu. Le coût d'un chauffage décarboné doit entrer dans votre budget dès le premier jour.
Compter sur la location future. Si vous envisagez de louer après travaux, les conditions ne sont pas les mêmes que pour un occupant : engagement de louer six ans, nombre de logements limité, règles propres au bailleur. Voir notre guide sur MaPrimeRénov' pour propriétaire bailleur.
L'ordre que nous suivrions à votre place
Dans nos accompagnements, nous voyons des acheteurs faire l'inverse de ce qui protège : tomber amoureux, signer, puis découvrir le montant du chantier. Notre conseil est de renverser l'ordre. Avant toute offre, obtenez le DPE et l'audit, demandez deux devis sur le scénario 1, fixez un rendez-vous avec France Rénov' pour confirmer votre catégorie de revenus et le calendrier du dossier, puis seulement faites une offre assortie, si le notaire l'accepte, d'une condition suspensive d'obtention du financement qui inclut le coût des travaux.
Nous déconseillons aussi d'acheter un F ou un G dans l'idée de « faire le minimum plus tard ». Pour un propriétaire occupant, il n'existe plus d'aide par geste sur l'isolation des murs : soit vous entrez dans le parcours d'ampleur, avec ses exigences, soit vous financez seul. Mieux vaut le savoir avant l'acte.
Questions fréquentes
Est-il intéressant d'acheter un logement classé F ou G en 2026 ?
Cela dépend de la comparaison entre la décote et votre reste à charge de travaux après aides. Avec une remise de 15 % sur un bien de 180 000 euros, soit 27 000 euros, et un chantier de 40 000 euros hors taxes, l'opération est très favorable pour un ménage très modeste et défavorable pour un ménage à revenus supérieurs. Le prix affiché ne suffit donc pas : calculez avec votre propre catégorie de revenus avant de faire une offre.
L'audit énergétique est-il obligatoire pour acheter une maison F ou G ?
L'obligation pèse sur le vendeur, pas sur l'acheteur. D'après service-public.gouv.fr, une maison individuelle ou un immeuble appartenant à un seul propriétaire, classé E, F ou G, doit être accompagné d'un audit énergétique lorsque la promesse ou l'acte de vente est signé depuis le 1er avril 2023. L'audit doit être remis à l'acquéreur potentiel dès la première visite. Les classes D seront concernées à partir du 1er janvier 2034.
Peut-on avoir MaPrimeRénov' quand on vient d'acheter un logement ?
Oui, si vous êtes propriétaire occupant d'un logement construit depuis au moins 15 ans et classé E, F ou G, dans le parcours de rénovation d'ampleur. Il faut un gain de deux classes, deux gestes d'isolation, une entreprise RGE et Mon Accompagnateur Rénov'. Nous n'avons pas trouvé de texte officiel sur le moment exact du dépôt par rapport à l'acte de vente : demandez-le par écrit à France Rénov' avant de signer un devis.
Quelle décote faut-il demander sur une passoire thermique ?
Les études de notaires relayées par la presse immobilière indiquent une décote moyenne autour de 15 % pour un F ou un G par rapport à un D, avec des écarts plus élevés dans certains départements et très faibles dans les marchés tendus. Ce chiffre ne remplace pas un calcul local. Partez du reste à charge de vos travaux après aides, puis comparez avec les prix de vente récents de votre secteur dans la base notariale.
Que doit contenir l'audit énergétique remis à l'acheteur ?
Selon service-public.gouv.fr, l'audit comprend une estimation de la performance avant travaux, au moins deux propositions de travaux, la performance après travaux, le coût des travaux et les aides mobilisables, ainsi que les conditions de ventilation. La première proposition prévoit un parcours par étapes avec un gain d'au moins deux classes dès la première étape. Il donne lieu à un rapport en PDF et à un récapitulatif standardisé.
Un nouveau DPE peut-il sortir mon futur logement du statut de passoire ?
C'est possible pour un logement chauffé à l'électricité dont le DPE date d'avant le 1er janvier 2026, puisque le coefficient de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9. Le logement peut alors gagner une classe. Attention : s'il devient D, il n'est plus éligible à la rénovation d'ampleur, qui vise les classes E, F et G. Faites vérifier la date et la version du diagnostic avant de raisonner sur les aides.
Faut-il signer un devis de travaux avant ou après l'achat ?
Après, par prudence. L'aide est versée à un propriétaire, avec un engagement d'occupation à fournir dans l'année suivant le solde de la dernière facture. Vous pouvez en revanche demander des devis avant l'acte pour fixer votre prix d'offre : ils servent de base de négociation sans vous engager, tant que vous ne les signez pas. Confirmez le calendrier de dépôt du dossier avec France Rénov'.
Que se passe-t-il si les travaux dépassent la moitié de la valeur du bien ?
D'après service-public.gouv.fr, le coût est jugé disproportionné lorsque les travaux dépassent 50 % de la valeur du bien. L'audit propose alors un parcours aménagé, qui vise au minimum la classe C, D ou E selon que le logement est classé E, F ou G, au lieu de la classe B. C'est un signal à prendre au sérieux : le bien restera moyennement performant, même après un gros chantier.






