Vous avez une chaudière fioul ou gaz de vingt ans, des radiateurs en fonte ou en acier que vous aimez bien, et un installateur qui vous propose une pompe à chaleur « compatible avec vos radiateurs ». Le mot « compatible » ne veut rien dire tant qu'on n'a pas comparé deux chiffres : la chaleur dont votre maison a besoin le jour le plus froid, et celle que vos radiateurs peuvent fournir avec une eau à 45 ou 55 °C au lieu de 70 °C. Peut-on garder ses radiateurs avec une pompe à chaleur ? Oui, souvent, à condition de vérifier que la maison reste chauffée avec une eau à 55 °C maximum par grand froid ; sinon il faut isoler, remplacer quelques radiateurs ou choisir une pompe à chaleur haute température, moins efficace.
Un radiateur alimenté à 55/45 °C ne restitue que la moitié de la puissance prévue à 75/65 °C. Ce guide chiffre cet écart, détaille un test à faire chez vous avant de signer et explique ce que la fiche officielle des CEE impose quand il reste des radiateurs.
Le test à faire chez vous avant de signer
L'association belge de consommateurs Test-Achats décrit un test simple : avec votre chaudière actuelle, vous baissez la température de l'eau du circuit de radiateurs à 50 °C au lieu de 70 °C environ, et vous vérifiez que la maison reste assez chaude, surtout un jour de grand froid. Si elle ne l'est pas, elle n'est pas encore adaptée au chauffage basse température.
Nous le recommandons, avec trois précisions.
- Choisissez un jour réellement froid. Par 12 °C extérieurs, presque n'importe quel radiateur suffit.
- Tenez 24 à 48 heures, et mesurez. Réglez le départ de la chaudière à 55 °C (50 °C pour être plus exigeant), gardez la consigne habituelle et relevez la température de chaque pièce, matin et soir. Celles qui restent à 19 °C ou plus passent le test, les autres sont vos pièces à problème.
- Notez la température extérieure du jour. Elle sert à extrapoler : le besoin croît avec l'écart intérieur-extérieur, et le dimensionnement se fait à la « température de base » de votre commune, la température extérieure minimale de référence que l'installateur retient dans sa note de calcul.
Un exemple, avec la loi de rayonnement des radiateurs (norme EN 442, exposant 1,3, voir plus bas). Un propriétaire teste à 55/45 °C par 0 °C extérieurs : toutes les pièces tiennent 20 °C. Sa température de base est de -7 °C, où le besoin est 1,35 fois plus élevé (27 °C d'écart contre 20). Ses radiateurs, qui délivrent 51 % de leur puissance de référence à 55/45, devraient en fournir environ 69 % : il faudrait une eau d'environ 63 °C au départ. La maison passe le test à 0 °C, pas à -7 °C. Mais la pompe à chaleur n'atteindra cette température que quelques jours par an, car sa courbe de chauffe ajuste l'eau à la météo : voir notre guide sur la courbe de chauffe.
Le tableau suivant va dans l'autre sens : il indique la température de départ nécessaire en fonction de la part de la puissance dont la maison a besoin le jour le plus froid, rapportée à la puissance de vos radiateurs à 75/65.
| Besoin du jour le plus froid, en % de la puissance des radiateurs à 75/65 | Température de départ nécessaire |
|---|---|
| 100 % | 75 °C |
| 80 % | 67 °C |
| 70 % | 63 °C |
| 60 % | 59 °C |
| 50 % | 54 °C |
| 40 % | 50 °C |
| 30 % | 45 °C |
Calcul renovclair.fr : loi de rayonnement EN 442 avec exposant n = 1,3, pièce à 20 °C, écart de 10 °C entre départ et retour. L'exposant varie selon le modèle de radiateur et peut changer de 10 % environ le résultat ; vérifiez-le dans la fiche technique du fabricant quand elle existe.
Le point délicat est la première colonne : un radiateur ancien n'a presque jamais de plaque lisible. D'où l'intérêt du test réel, qui dispense de connaître la puissance de chaque radiateur.
Pourquoi un radiateur chauffe moins avec une eau moins chaude
La puissance d'un radiateur dépend de l'écart entre la température moyenne de l'eau et celle de la pièce, élevé à une puissance voisine de 1,3 d'après la norme EN 442 : ce n'est pas proportionnel, c'est plus sévère. La référence usuelle des fiches techniques est 75/65 °C pour l'eau et 20 °C pour l'air, soit 50 °C d'écart moyen. Nous avons recalculé la part de puissance restituée aux régimes que vise une pompe à chaleur.
| Régime d'eau (départ/retour) | Part de la puissance à 75/65 | Cas typique |
|---|---|---|
| 75/65 °C | 100 % | Régime de référence des fiches |
| 70/60 °C | 87 % | Ancienne chaudière fioul ou gaz |
| 65/55 °C | 75 % | Régime d'une PAC haute température |
| 60/50 °C | 63 % | Régime intermédiaire |
| 55/45 °C | 51 % | Régime 55/45 des fiches techniques |
| 50/40 °C | 41 % | Radiateurs dits basse température |
| 45/35 °C | 30 % | Ventilo-convecteurs, radiateurs très grands |
| 40/30 °C | 21 % | Ordre de grandeur d'un plancher chauffant |
Calcul renovclair.fr : (écart moyen eau-air / 50)^1,3. Recoupé avec la fiche d'un fabricant (Zehnder) relayée par un site de vente, qui donne 2 466 W à 75/65 et 1 258 W à 55/45, soit 51 %. Des mesures publiées sur des radiateurs à panneaux trouvent parfois jusqu'à 10 à 20 % de puissance en plus à basse température : notre calcul est donc plutôt prudent.
Deux enseignements. La perte n'est pas linéaire : 20 °C de moins au départ retirent près de la moitié de la puissance. Et la fonte n'est pas un cas à part : elle suit la même loi. Elle se distingue par son inertie (montée lente, chaleur restituée longtemps après l'arrêt) et par des installations anciennes parfois généreuses, ce qui peut expliquer que des maisons passent le test.
Crédit : Household radiator, auteur non indiqué — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (radiateur en fonte à colonnes, photographié sans date ni lieu précisés : un modèle de ce type se dimensionne souvent pour une eau à 70 °C ou plus)
Ce que le régime d'eau change à la facture
La température de l'eau commande aussi le rendement de la pompe à chaleur. Selon le graphique du guide « S'équiper d'une pompe à chaleur » de l'ADEME (décembre 2023), tel que le reproduit l'association belge Ecoconso, une pompe à chaleur air-eau affiche par 5 °C extérieurs un COP d'environ 5 pour une eau à 35 °C, 4 pour 45 °C et 3 pour 55 °C et plus. Par -5 °C extérieurs, le COP est encore de 3 à 35 °C mais proche de 2 au-delà de 55 °C. À 0,2001 € le kWh (tarif réglementé de base), 10 000 kWh de chaleur coûtent 400 € de courant à COP 5, 500 € à COP 4 et 667 € à COP 3. Ce sont des valeurs ponctuelles, le rendement saisonnier est plus bas, mais l'ordre de grandeur compte : chaque tranche de 10 °C de plus sur l'eau coûte de un cinquième à un quart de rendement.
Radiateurs conservés : ce que la fiche CEE exige
La fiche d'opération standardisée BAR-TH-171 (pompe à chaleur air/eau), dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2026 (v. A82.5) que nous avons lue, tranche une question que les devis noient souvent. Elle classe l'installation selon le type d'émetteurs :
- plancher chauffant, plafond chauffant, mur chauffant ou ventilo-convecteurs seuls : pompe à chaleur d'application basse température, efficacité énergétique saisonnière (Etas) à 35 °C d'au moins 126 % ;
- tous les autres émetteurs, donc des radiateurs, y compris les radiateurs dits « basse température » à 45 °C, et toute solution mixte (radiateurs plus plancher chauffant) : application moyenne ou haute température, Etas à 55 °C d'au moins 111 % ;
- une pompe à chaleur qui produit aussi l'eau chaude sanitaire relève elle aussi de la catégorie moyenne ou haute température.
« Le professionnel rédige une note de dimensionnement du générateur par rapport aux déperditions calculées à T = Tbase. Les déperditions concernent les pièces du logement desservies par le réseau de chauffage [...]. La PAC installée est conforme aux préconisations de la note de dimensionnement. Cette note est remise au bénéficiaire à l'engagement de l'opération. » — Fiche CEE BAR-TH-171, extrait (version A82.5)
Trois conséquences pratiques.
Vous avez droit à la note de dimensionnement, remise à l'engagement de l'opération, donc avant les travaux. Elle contient les déperditions de votre logement à la température de base. Si le devis n'en mentionne aucune, le dimensionnement s'est peut-être fait « à l'œil », ce que la fiche cherche à empêcher. Pour la prime elle-même, voir notre guide sur le bonus CEE pour une pompe à chaleur.
Le modèle doit être compatible avec le régime d'eau que vous gardez. La fiche précise que la pompe à chaleur de type moyenne ou haute température fournit sa puissance déclarée pour une sortie d'eau d'au moins 55 °C. Comparez donc l'Etas du modèle à 55 °C, pas celui, plus flatteur, à 35 °C que mettent en avant certaines brochures pour la basse température.
Le régulateur est imposé. La fiche exige un régulateur de classe IV à VIII, qui applique la loi d'eau.
Faites aussi désembouer le circuit avant le test : des radiateurs encrassés fournissent moins de chaleur qu'ils ne le devraient.
Le test échoue : quatre sorties, de la moins lourde à la plus lourde
Si certaines pièces décrochent à 55 °C, voici les options, dans l'ordre où nous les envisageons.
Crédit : Radiateur Trévarez, Yann Gwilhoù — Licence CC BY-SA 3.0 / Wikimedia Commons (vestige d'un radiateur en fonte du château de Trévarez, Finistère : un modèle ancien n'a en général ni plaque lisible ni fiche technique, d'où l'intérêt du test réel)
1. Réduire les besoins de la maison. C'est la solution la plus efficace, parce qu'elle abaisse la colonne de gauche du tableau : une maison dont on a isolé les combles ou les murs a besoin de moins de puissance, donc d'une eau moins chaude. Selon notre tableau, passer d'un besoin de 80 % à 60 % fait descendre la température de départ de 67 à 59 °C. Les guides sur l'isolation des combles perdus et sur la manière de hiérarchiser vos travaux vous aideront à décider de l'ordre.
2. Remplacer seulement les radiateurs des pièces qui décrochent. Souvent, seules deux ou trois pièces posent problème (salle de bains, bureau mal isolé). On change ces radiateurs pour des modèles plus grands ou des ventilo-convecteurs, et on garde le reste. La fiche CEE classe alors l'installation en « solution mixte », donc en application moyenne ou haute température : c'est sans incidence sur l'éligibilité tant que l'Etas à 55 °C atteint 111 %. Demandez un chiffrage radiateur par radiateur, pose comprise.
3. Choisir une pompe à chaleur haute température. Elle produit une eau à 65 °C, voire jusqu'à 80 °C selon certains modèles d'après les professionnels, et alimente donc des radiateurs inchangés. En contrepartie, son rendement baisse nettement, comme le montre le graphique de l'ADEME. Nous la gardons pour les maisons difficiles à isoler (pierre, mitoyenneté) où les deux premières options ne suffisent pas.
4. Garder une chaudière en complément. Une pompe à chaleur hybride couple une PAC et une chaudière gaz à condensation : la chaudière prend le relais par grand froid, quand l'eau devrait monter à 70 °C. Ce n'est pas notre solution préférée (elle maintient une énergie fossile), mais elle évite de remplacer tous les radiateurs.
Notre avis, assumé : ne remplacez pas tous vos radiateurs « par principe ». C'est l'argument de vente le plus coûteux, alors que le test montre souvent que la majorité des pièces passent. Remplacez ce qui décroche, et rien d'autre. Si un installateur exige de tout changer sans test ni note de dimensionnement, demandez un second devis.
Questions fréquentes
Peut-on garder ses radiateurs en fonte avec une pompe à chaleur ?
Oui dans beaucoup de cas, mais pas automatiquement. Un radiateur en fonte suit la même loi physique qu'un autre : à 55/45 °C, il restitue environ 51 % de la puissance qu'il donne à 75/65 °C. Si la maison a besoin de moins que cela le jour le plus froid, la fonte convient, et son inertie lisse la chaleur. Sinon, il faut isoler, remplacer les radiateurs des pièces qui décrochent ou prévoir une pompe à chaleur haute température. Le test à 55 °C tranche avant de payer.
Quelle température d'eau faut-il pour des radiateurs avec une pompe à chaleur ?
Le plus bas possible : plus l'eau est chaude, moins la pompe à chaleur est efficace. Selon le graphique de l'ADEME relayé par Ecoconso, le COP passe d'environ 5 à 35 °C à environ 3 à 55 °C, par 5 °C extérieurs. Avec des radiateurs, visez 55 °C au maximum aux jours les plus froids, et moins le reste de l'hiver grâce à la courbe de chauffe, qui ajuste la température à la météo. Une eau à 65 °C ou plus relève d'une pompe à chaleur haute température, moins économe.
Faut-il changer tous ses radiateurs pour installer une pompe à chaleur ?
Non. C'est une affirmation courante, mais seul un test et une note de dimensionnement le justifient. Dans beaucoup de maisons, deux ou trois pièces décrochent à 55 °C (salle de bains, pièce mal isolée) et le reste suffit. On remplace alors uniquement ces radiateurs par des modèles plus grands ou des ventilo-convecteurs. La fiche CEE classe cette installation en solution mixte, donc en application moyenne ou haute température, avec une Etas à 55 °C d'au moins 111 %. Chiffrez les radiateurs à remplacer sur devis, pièce par pièce.
Quelle différence entre pompe à chaleur basse, moyenne et haute température ?
La fiche CEE BAR-TH-171 les distingue par la température de sortie d'eau à laquelle la pompe à chaleur fournit sa puissance déclarée : 35 °C pour la basse température, au moins 55 °C pour la moyenne ou haute température. Seuls les planchers, plafonds et murs chauffants et les ventilo-convecteurs relèvent de la basse température, avec une Etas à 35 °C d'au moins 126 %. Tous les autres émetteurs, radiateurs compris, relèvent de la moyenne ou haute température, avec une Etas à 55 °C d'au moins 111 %.
Les radiateurs dits « basse température » permettent-ils d'avoir une pompe à chaleur basse température ?
Pas au sens de la fiche CEE. Elle précise que les radiateurs dits « basse température » à régime d'eau de 45 °C relèvent de l'application moyenne ou haute température, avec une Etas à 55 °C d'au moins 111 %. Ces radiateurs sont simplement plus grands : à 50/40 °C, un radiateur restitue environ 41 % de sa puissance à 75/65 °C. Vérifiez sur le devis la puissance au régime retenu, pas la puissance nominale à 75/65 °C, qui flatte l'appareil.
Comment savoir si mes radiateurs sont assez puissants pour une pompe à chaleur ?
Trois moyens, du plus simple au plus rigoureux. Le test : réglez votre chaudière à 55 °C par grand froid pendant 24 à 48 heures et relevez la température de chaque pièce. Le calcul : comparez la puissance de chaque radiateur au régime visé (par exemple 51 % de la puissance nominale à 55/45 °C) avec les déperditions de la pièce. Le document : exigez la note de dimensionnement prévue par la fiche CEE, qui chiffre les déperditions à la température de base de votre commune.
Une pompe à chaleur avec radiateurs coûte-t-elle plus cher à faire fonctionner ?
Oui, si les radiateurs imposent une eau plus chaude. Selon le graphique ADEME relayé par Ecoconso, le COP vaut environ 5 à 35 °C, 4 à 45 °C et 3 à 55 °C par 5 °C extérieurs. À 0,2001 € le kWh, 10 000 kWh de chaleur coûtent 400 € de courant à COP 5, 500 € à COP 4 et 667 € à COP 3. Ce sont des valeurs ponctuelles, mais l'écart relatif est réel. Isoler la maison permet d'abaisser la température d'eau et de le réduire.
Une pompe à chaleur air-air permet-elle d'éviter la question des radiateurs ?
Oui, d'une certaine manière : une pompe à chaleur air-air chauffe l'air des pièces avec des unités intérieures et n'utilise pas votre circuit de radiateurs, qui reste inutilisé. C'est une solution différente, avec ses propres limites, que nous comparons dans notre guide sur la pompe à chaleur air-air face à l'air-eau. Pour conserver un chauffage central à eau, il faut une air-eau et des radiateurs vérifiés par le test, ou accepter de les adapter pièce par pièce. Demandez un devis pour chacune des deux options.
Image d'en-tête : Radiator Kerguehennec 01, Schorle — Licence CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons (radiateur historique en fonte dans le château de Kerguéhennec, Bretagne)
- ADEME : fiche d'opération standardisée BAR-TH-171, pompe à chaleur de type air/eau (version A78.4)
- Ministère de la Transition écologique : opérations standardisées d'économies d'énergie
- ATEE : copie de la fiche BAR-TH-171 version A82.5, applicable au 1er septembre 2026
- CRE : tarifs réglementés de vente de l'électricité au 1er août 2026






